Partager l'article ! Le e-business automobile B2B: &n ...
En février 2000, le groupe Renault a annoncé le lancement de son programme « e-business ». Une direction du programme « e-business » a été mise en place afin de piloter le développement de
l’activité de commerce électronique du groupe. L’objectif est de doter Renault d’une offre e-commerce globale. Ce programme comporte quatre volets :
le commerce (présentation de notre offre aux clients) ; le business-to-business (B2B) ; le e-véhicule (fabrication de véhicules « communicants ») ; le business-to-employee (promotion de l’utilisation des nouvelles technologies par tous nos employés). Dans cette présentation, je m’attacherai essentiellement au volet B2B. L’automobile est à la fois un produit simple, grand public, et un produit très complexe. La conception d’un véhicule requiert la collaboration du constructeur et de nombreux fournisseurs de rangs 1, 2, 3, etc. Autre caractéristique, le poids des achats : 70 % de la valeur d’un véhicule sont achetés à l’extérieur. Depuis de nombreuses années, un travail de collaboration entre constructeur et fournisseurs s’est instauré sur les plans du développement, de la logistique et des achats, ce qui s’est traduit par la mise en place de liens informatisés. Renault est engagé dans les échanges de données informatisés (EDI) principalement au niveau de la logistique, mais aussi au niveau du développement des produits, même si les réseaux de télécommunications actuels imposent des limites de capacité. Au niveau de la logistique, nous avons des liens informatisés avec tous nos grands équipementiers (Valéo, Bosch, etc.) mais beaucoup de fournisseurs de rang 2 et de rang 3 n’utilisent pas l’EDI, ce qui pose un réel problème. Nous pensons que les technologies internet vont permettre de démocratiser les EDI et de les mettre à la disposition de tous les fournisseurs.
L’internet permettra aussi d’avoir des liens directs avec le client. Grâce à l’internet, les clients pourront configurer le véhicule qu’ils veulent et s’adresser directement au concessionnaire pour lui demander de leur livrer ce véhicule-là. Le projet « Nouvelle distribution » de Renault vise à livrer les véhicules ainsi commandés en moins de quinze jours, ce qui implique pratiquement la fabrication à la commande. C’est un changement considérable dans l’industrie automobile.
Les enjeux du B2B
Comment voyons-nous le B2B ? Les enjeux du B2B ont souvent été considérés comme une alliance entre les grands constructeurs contre les fournisseurs pour faire baisser les prix. Nous pensons que ce n’est pas cela. Au contraire, nous considérons le B2B comme une possibilité pour un constructeur de travailler avec des outils modernes avec tous ses fournisseurs, du plus grand au plus petit. Le B2B ne s’oppose donc pas à la relation de partenariat que nous construisons avec nos fournisseurs. Par ailleurs, le B2B en tant que tel et les nouvelles technologies comme les places de marché ont un impact considérable sur les organisations. Si nous voulons en tirer le meilleur parti, il faut les comprendre, les adopter et, dans un certain nombre de cas, transformer les organisations.
Le B2B recouvre des enjeux stratégiques, des enjeux opérationnels et des enjeux au quotidien. Ces enjeux se situent à trois niveaux :
Au premier niveau, le B2B améliore l’efficacité opérationnelle, non seulement de la fonction achats, mais aussi des processus de développement et de la « supply chain ». En résumé, les enjeux du B2B sont de communiquer et travailler ensemble sur les achats, le process de développement et le process de fabrication. Les nouvelles technologies permettent la transparence de l’information, l’instantanéité et l’interactivité.
Au second niveau, le B2B agit comme un catalyseur qui facilite la mise en oeuvre des leviers internes traditionnels de progrès. Le partage des plannings entre tous les acteurs intervenant dans un projet véhicule, qui existe aujourd’hui chez Ford, permet beaucoup de choses. Le travail en co-développement n’est pas facile à atteindre aujourd’hui mais il est à portée de main. Les technologies nous permettront bientôt de faire travailler des équipes délocalisées comme si elles étaient au même endroit. Nous avons fait des expériences de travail en co-développement avec Siemens. Les résultats sont spectaculaires, en termes de gain de temps et d’argent. Le GALIA (Groupement pour l’amélioration de l’industrie automobile), que j’ai l’honneur de présider, regroupe différents constructeurs et fournisseurs français. Dans ce cadre, nous travaillons collectivement à la standardisation et à la construction d’un extranet commun dans l’industrie automobile. Cet ENX (European Network Exchange) va nous permettre de concrétiser toutes ces possibilités.
Au troisième niveau et à plus long terme, les potentialités offertes par l’internet contribueront à transformer la chaîne de valeur de l’industrie automobile.
Aujourd’hui, la transmission des informations entre le constructeur,
Renault, et les fournisseurs n’est pas optimale, au niveau de la logistique notamment. Entre le moment où la
commande rentre dans le sy
stème de Renault et celui où
l’information est transmise par EDI au fournisseur de rang 1, il se passe trois jours. Ensuite, il faut encore 3 jours pour que l’information passe du fournisseur de rang 1 au fournisseur de rang
2, à condition que celui-ci puisse recevoir des EDI. Si celui-ci ne peut recevoir que des fax, il faut encore plus longtemps. usqu’à présent, la chaîne de valeur de l’industrie automobile était
donc structurée en un système linéaire et hiérarchique dans lequel les constructeurs avaient des interactions avec un nombre limité d’intervenants. Désormais, elle fonctionnera comme un
véritable réseau permettant un contact direct entre des partenaires très divers.